Nantissement de fonds de commerce : Définition et fonctionnement

ParEtienne CHEVALIER - Avocat en droit immobilier

Nantissement de fonds de commerce : Définition et fonctionnement

Définition

Le nantissement du fonds de commerce est une garantie de paiement portant sur le fonds de commerce, et qui permet au créancier de se prémunir contre le risque de non remboursement d’une dette par le débiteur.

Le nantissement du fonds de commerce peut être conventionnel ou judiciaire, mais il demeure une sûreté réelle.

Lorsque le nantissement est conventionnel, il résulte d’un contrat passé entre un débiteur et son créancier. En revanche, le nantissement judiciaire suppose que le débiteur ait demandé au juge l’autorisation de faire inscrire un nantissement sur le fonds de commerce, propriété de son débiteur.

Qui peut consentir un nantissement ?

Seul le propriétaire a droit de donner son fonds de commerce en nantissement conventionnel (le locataire-gérant n’a pas cette possibilité).

Lorsque le fonds de commerce est la propriété d’une société, cette dernière doit au préalable requérir l’autorisation de l’assemblée générale, sauf disposition contraire des statuts.

Quand une procédure collective, de sauvegarde ou de redressement, est en cours, le fonds ne peut pas être nanti conventionnellement. Il peut uniquement être donné en nantissement avec l’autorisation du juge commissaire. Il s’agira dès lors d’un nantissement judiciaire, et non plus d’un nantissement conventionnel.

Portée et fonctionnement du nantissement

L’article L. 142-2 du Code de commerce précise que le nantissement du fonds de commerce porte sur les éléments suivants du fonds : l’enseigne et le nom commercial, la clientèle, le mobilier, le droit au bail, les brevets, licences et marques, ainsi que sur le matériel. L’ensemble des éléments nantis devra être listé dans l’acte de nantissement. Le nantissement peut même porter sur les succursales. Dans ce cas, elles doivent également être listées.

Le nantissement conventionnel est très souvent exigé par les banques comme condition d’octroi de leurs concours.

Quant au nantissement judiciaire, il a la même portée, mais n’intervient pas au même stade que le nantissement conventionnel (en aval, en réponse à une crainte du créancier de voir son débiteur devenir insolvable).

Intérêt du nantissement

S’agissant d’une sûreté réelle, et donc d’une garantie de paiement, le nantissement du fonds de commerce permet de rassurer le créancier quant à ses chances d’être remboursé. Cela signifie que le banquier accordera plus facilement ses concours, tandis que le fournisseur sera plus enclin à accorder du crédit à son débiteur.

Il ne faut pas perdre de vue que les créances dont le paiement est garanti par un nantissement s’avèrent certaines. Par ailleurs, le nantissement du fonds de commerce couvre le principal et deux années d’intérêts.

Quant au nantissement judiciaire, il permet à un créancier redoutant l’insolvabilité de son débiteur de demander au juge l’autorisation de faire inscrire un nantissement sur le fonds de commerce de son débiteur lorsque sa créance paraît fondée en son principe et qu’il existe un risque de non recouvrement.

Lorsque le créancier dispose d’un titre exécutoire, ou dispose d’une décision de justice n’ayant pas encore force exécutoire, il n’est pas obligé d’obtenir une autorisation préalable du juge (le juge de l’exécution est, sauf exception, compétent).

Qu’il s’agisse d’un nantissement conventionnel ou judiciaire, le créancier bénéficie d’un droit de préférence et d’un droit de suite. Le droit de préférence permet au créancier d’être payé en priorité par rapport aux autres créanciers du débiteur en cas de vente du fonds de commerce (Attention : le créancier nanti peut être primé par d’autres créanciers privilégiés, notamment en cas de procédure collective). Le droit de suite permet quant à lui de saisir le fonds de commerce entre quelques mains qu’il se trouve (même s’il a été vendu).

Mise en place du nantissement

Le nantissement est un acte qui doit impérativement être enregistré et déposé au greffe du lieu d’exploitation du fonds pour inscription. Le dépôt doit être fait dans un délai de 15 jours après signature de l’acte sous peine de nullité. Cette publicité donne rang au nantissement (ordre dans lequel les créanciers seront payés). Elle est valable pendant 10 ans.

Quant au nantissement judiciaire, après avoir obtenu une ordonnance du juge l’autorisant à prendre une telle mesure (si absence de titre exécutoire), le créancier doit procéder à une inscription provisoire qu’il peut, après en avoir informé le débiteur par acte d’huissier, confirmer par une publicité définitive qui donne rang à la sûreté.

À propos de l’auteur

Etienne CHEVALIER - Avocat en droit immobilier

Je conseille des professionnels de l'immobilier dans le cadre d'acquisition et de cession d'immeubles. J'accompagne également des clients particuliers désireux de se constituer un patrimoine solide, générateur de revenus réguliers grâce à des investissements ciblant des immeubles de rapport ou des supports destinés à être mis en valeur et exploités. Mon goût personnel et ma formation professionnelle m'ont conduit à développer une compétence particulière en matière de résolution amiable de situations litigieuses ou conflictuelles. J'interviens régulièrement à l'occasion de conflits entre associés ou entre indivisaires. Mes clients apprécient mon sens de l'organisation, mon implication dans les dossiers et la création d'une relation construite sur la confiance.